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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 19:07

Laurent-Gbagbo3« Tous ces hommes qui nous font peur, qui écrasent l’émeraude jalouse de nos rêves, qui bousculent la fragile courbe de nos sourires, tous ces hommes en face de nous, qui ne nous posent point de questions, mais à qui nous en posons d’étranges. … Qui sont-ils ».

Cette phrase est tirée du livre de Frantz Fanon, intitulé Pour la révolution africaine, écrits politiques-Paris : La Découverte, 2006. Qui sont ceux qui écrasent donc nos rêves ? Il ne faut pas chercher loin et pendant longtemps, il s’agit des refondateurs ivoiriens.
Les ivoiriens connaissent bien ceux qu’on appelle depuis 2000, les Refondateurs. Mais pour les autres, ils n’ont pas d’inquiétude à se faire car dans notre exposé, des définitions seront données.

Notre contribution du jour est une question que nous posons à ceux qui nous gouvernent aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Nous désirons avec leur permission, savoir ce qu’ils ont fait du changement promis. Cette question est donc la suivante : « dites-nous les Refondateurs, où est le changement ?». Pour faciliter notre exposé, il nous semble intéressant de rappeler aux lecteurs certaines définitions, toujours obnubilé par le souci constamment affiné de rendre objectivement notre pensée.

Les Refondateurs sont les « acteurs » d’un « scenario » qu’on appelle : la Refondation. Cette dernière est une philosophie de la vie en société, un programme de gouvernement, une affirmation des valeurs éthiques et une vision de l’homme et de l’humanité. Elle a promis un changement radical de l’édifice national. Tout était à reconstruire pour le pays, sa structuration administrative, son organisation économique, politique, sociale, culturelle.

A ce stade de notre exposé, contentons-nous de cette définition que nous compléterons plus loin. On peut définir le changement comme une action qui consiste à chambarder, innover, réformer, rénover, renverser, révolutionner. Une telle définition nous conduit à une autre question, celle de savoir ce qui était à changer. Dans la suite de notre exposé, il nous faudra brièvement présenter la Côte d’Ivoire avant l’irruption des Refondateurs. Ce sera le premier point à développer.

Nous discuterons dans un deuxième point, des retombées de la Refondation. Pour être sincère avec nous-mêmes, la Refondation en tant que philosophie n’est pas blâmable, mais le comportement des « acteurs » de la Refondation.
Enfin, dans un troisième point, nous appellerons les ivoiriens à ne pas laisser le « volant » de la « voiture ivoire » à des aventuriers.

LA CÔTE D’IVOIRE SOUS LE PARTI UNIQUE : FORCES ET FAIBLESSES

Avant l’avènement du multipartisme, l’histoire politique et économique de la Côte d’Ivoire se confond avec celle de Félix Houphouët-Boigny, fondateur du PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire). Jusqu’en 1990, en tout cas, le PDCI-RDA régnait et son modèle économique était le fondement de l’effort de développement.

Sur le plan politique, il faut dire que le parti unique n’est pas attrayant pour le démocrate que je suis. Le parti unique est un suicide politique dont les effets pervers sont le plus souvent un boomerang social. Or comme les grecs l’enseignent, c’est de la polémique que dérive la vérité, une république animée par un parti unique n’est pas démocratique.

En matière de diplomatie et de politique internationale, dès l’accession à l’indépendance de son pays, le président Félix Houphouët-Boigny opte pour une coopération étroite avec la France. Rappelons qu’à cette époque, deux conceptions différentes de l’Afrique s’affrontent, d’une part les « progressistes » du groupe de Casablanca, qui souhaitent à la fois une indépendance totale des pays africains ainsi qu’un fort panafricanisme, et d’autre part, les « modérés » du groupe de Monrovia dont faisait partie Félix Houphouët-Boigny, qui aspirent également à une indépendance de l’Afrique, mais sous la férule de la France.
Félix Houphouët-Boigny, n’était pas un véritable président mais le représentant de la France en Afrique francophone : il défendait les intérêts français.

Il n’a rien fait pour aider à la construction d’une monnaie sous-régionale décolonisée, c’est-à-dire gérée par les africains eux-mêmes, sans la tutelle française. Il a préféré tout donner à la France et se contenter des résidus. Au niveau économique, le pays connait un semblant de développement. Les résultats affichés par la Côte d’Ivoire sont impressionnants : le taux de croissance annuel moyen du Produit Intérieur Brut est d’environ 7 % entre 1960 et 1980, indique la Banque Mondiale. Les dépenses dans le domaine de l’éducation et de la santé sont très importantes, 40% du budget de l’État est alloué au secteur de l’éducation et de nombreux hôpitaux et dispensaires de village sont mis à la disposition des populations. Mais la croissance ivoirienne est une croissance appauvrissante, puisqu’elle est basée sur l’exportation de quelques matières premières. Il a suffit que les prix des matières premières chutent pour que le PIB par tête se détériore, enfonçant le pays dans une crise.

Sur le plan social, certes l’ivoirien vivait mieux que son homologue de certains pays voisins, mais la distribution de la richesse n’était pas égalitaire. Elle se faisait selon des normes clientélistes et claniques. La paix sociale était tout de même préservée dans un pays où un quart de la population est étrangère. On pourra tout reprocher à Félix Houphouët-Boigny, mais il a réussi à asseoir une précaire cohésion sociale.

DU MULTIPARTISME A LA REFONDATION : L’ESPERANCE AVORTEE

Les partis politiques existaient en Côte d’Ivoire avant les indépendances mais l’histoire leur donne un point de départ en 1990.
Comme le souligne Jean-François Bayart, « Une légende plaisante veut que la conférence de La Baule, en juin 1990, ait propulsé l’Afrique dans l’ère du multipartisme, parfois à son corps défendant. C’est oublier la chronologie des faits : la France a pris acte tardivement, et de manière bien ambiguë d’une revendication libérale … qui était devenue irrépressible » . En Côte d’Ivoire, le multipartisme est arraché à Félix Houphouët-Boigny en 1990. Le Front Populaire Ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo se trouve en première ligne dans le combat pour les libertés individuelles.

Ces démocrates là ont confondu démocratie et multipartisme. Nous le répétons encore une fois, la démocratie est fondamentalement le règne du droit. Selon le Rapport préparé par International IDEA (l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale) et dans le cadre de son programme mondial sur la recherche et le dialogue avec les partis politiques, publié en 2007, la Côte d’Ivoire disposerait de plus de 130 partis politiques. Or à en croire Freedom House , le pays ne serait pas propice aux libertés civiques.

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que l’éclosion des partis politiques ne garantit pas nécessairement le multipartisme. Il est par conséquent nécessaire de faire la distinction entre l’existence d’un grand nombre de partis politiques et un système de partis. Dans la première situation, il y a beaucoup de partis mais il n’y a aucune compétition significative entre eux ; un seul parti domine. Dans le deuxième cas, il y a un système pluraliste compétitif et démocratique.

Bref, le Front Populaire Ivoirien (FPI), dans sa vocation légitime de conquérir et d’exercer le pouvoir d’Etat, a élaboré un projet de société. Ce projet ébauché de 1982 à 1992, finalisé entre 1993 et 1997, a été publié en 1998 sous la direction de Harris Mémel FOTË sous le titre « Fonder une Nation Africaine Démocratique et Socialiste en Côte d’Ivoire ». C’est donc ce projet qui constitue la matrice, la boussole, la référence idéologique concernant un choix politique, économique, social, culturel, etc .
Le programme du FPI baptisé « LA REFONDATION », se proposait de refonder les relations ambivalentes avec les puissances impérialistes, construire un Etat démocratique avec une justice juste, animée par des magistrats compétents et crédibles, donner à l’école son rôle d’ascenseur social, distribuer égalitairement les richesses du pays, lutter contre la corruption et ériger la méritocratie comme mode de promotion sociale.

Dans les faits, la Refondation n’a été qu’une curiosité intellectuelle, pas plus. En tout cas en termes de progrès social.
Sous la Refondation, la corruption est devenue le « toboggan » qui permet d’accéder à l’enrichissement illicite. Et pourtant un ivoirien sur deux est pauvre.

En Aout 2006, la société Trafigura, spécialisée dans le négoce de produits pétroliers déversait des déchets toxiques à Abidjan et ses environs faisant des morts et personnes hospitalisées avec des séquelles à vie.

En 2007, Global Witness publiait un rapport “Chocolat chaud”, qui dénonçait notamment la tendance du secteur du cacao ivoirien à la mauvaise gestion des revenus, à l’opacité des comptes et à la corruption. Mieux la filière Café-Cacao est accusée de pillage systématique dans une rocambolesque affaire de 100 milliards de franc CFA. Il s’agit d’un détournement de 100 milliards de l’usine de Fulton aux Etats-Unis, par des responsables de la filière café-cacao. Notre pays est devenu le nid de la corruption. Le classement de Transparency International du degré de corruption varie de 10 à 1, avec la matrice la plus élevée indiquant les moins corrompus du lot et la matrice la moins élevée les plus corrompus. En 2005, le Ghana, avec le niveau le plus bas de corruption en Afrique de l’Ouest, a un score de 3,5, et a été classé 65e sur 159 pays impliqués dans le classement. Le Nigeria et la Côte d’Ivoire étaient considérés comme les pays les plus corrompus de la sous-région, avec un score de 1,9, et classés 152e ex æquo sur 159 pays.
Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, il semblerait que tous les concours d’accès à des postes publics, fassent l’objet d’un chantage monétaire. Ainsi, pour rentrer à la prestigieuse Ecole Nationale d’Administration (ENA), il faut payer. Il faut faire pareil pour l’Ecole Nationale de Police (ENP), l’Ecole Nationale de la Gendarmerie (ENG), l’Ecole Normale Supérieure (ENS). Du coup, la motivation a déserté les lycées et les collèges ainsi que nos universités.

Le secteur stratégique qu’est l’éducation est malade. L’école va encore plus mal sous la Refondation, avec à la fin de l’année scolaire 2008-2009, des scores décevants : 80% d’échec au BEPC et 80% d’échec au BAC. En 2010, le taux d’échec au Bac est de 75,5 % et de 70% au BEPC. L’école est pour le pays ce que l’enfant est pour une famille. Le taux de scolarisation qui se situait à 74% en 1998 est tombé à 66% en 2006/2007.

Les Refondateurs n’ont pas réussi à lutter contre la françafrique car dans ce combat, la Côte d’Ivoire a tout perdu.
Le Président ivoirien a tout donné aux multinationales colonisatrices or il critiquait le parti unique de « vendre » le pays à la France.
En effet, depuis le 12 octobre 2005, le groupe BOUYGUES à travers sa filiale CIE, est encore et ce, pendant 15 ans le distributeur exclusif de l’électricité en Côte d’Ivoire. De sa production jusqu’à son exportation, en passant par la distribution et l’importation, l’Etat a accordé le secteur au groupe français. Même la construction du troisième pont est encore attribuée à BOUYGUES alors que les chinois pouvaient le faire à un prix raisonnable.

Il en est de même de Bolloré qui a tout obtenu après un non tonitruant. En 2004, le groupe Bolloré obtenait du Port autonome d’Abidjan (PAA) une concession de « gré à gré » à travers sa filiale SETV, pour un coût de 5,5 milliards de FCFA (8,4 M EUR) et une promesse d’investissement de 27 milliards de FCFA (plus de 41 M EUR) sur cinq ans.
Finalement, les ivoiriens ont été floués par les Refondateurs.

LES REFONDATEURS ONT ECHOUE LAMENTABLEMENT : LE PEUPLE DOIT AVISER

Disons-le avec empressement, en vérité, il faut rechercher dans la mauvaise foi des Refondateurs, la folie de leurs œuvres. Il serait curieux d’étudier l’influence qu’a pu exercer la guerre sur la vie des ivoiriens depuis 2002. Pour autant, la guerre n’est pas un passeport pour arriver à des fortunes colossales. S’il y’a un paradoxe rapidement rencontré dans la Refondation, c’est ce que notre brave compatriote Lekadou Tagro Gérard nomme « la qualité et le choix des hommes ». Non content de l’échec au niveau de l’amélioration du niveau de vie des ivoiriens, les Refondateurs torturent moralement le peuple avec l’épandage de leur fortune.
Pendant qu’on nous ressassait que nous étions en guerre parce que la Chiraquie s’est rendu compte que l’actuel chef d’Etat n’est pas prêt à brader les richesses de son pays, nos propres frères pillaient les caisses de l’Etat. A un certain moment, on avait pu croire à ces différentes diversions avant de retrouver toute notre lucidité.

Dieu seul sait combien sont les Refondateurs qui ont critiqué les détournements des deniers publics, la mégalomanie, les achats de conscience, le tribalisme etc. ils ont critiqué le monarque Boigny qui ne se gênait pas d’emprisonner, de torturer, de mettre en exil.
Posez la question aux ivoiriens, ils vous diront qu’ils ne voient point de différence entre l’époque du Parti unique et celle des Refondateurs, en tout cas, sur le plan politique. Ce ne sont pas les journalistes du « Nouveau Courrier » qui diront le contraire.

Les ivoiriens sont devenus aujourd’hui nostalgiques des temps passés. Ils sont admiratifs de ce qu’ils ont répudié hier, car le changement a été un mirage. Pour répondre à la question posée aux refondateurs (à savoir où est le changement ?), il est facile de trouver les mots justes. Les Refondateurs n’ont plus de boussole, ils ont perdu les nobles valeurs qui faisaient rêver les ivoiriens.
Pour être honnête, ce n’est pas la « Refondation » en tant que philosophie qui est condamnable, bien au contraire, il faut reconstruire le pays sur des bases nouvelles. Ce qui a été sans doute le problème de la « Refondation », c’est le choix des hommes. Un bon scenario a besoin de bons acteurs et un metteur en scène chevronné, pour que le rendu soit sans reproche.

Dire que la « Refondation » était porteuse d’espoir ne signifie pas qu’il faille renouveler notre confiance à ces acteurs insoucieux. Pareilles tentatives ignorent volontairement le caractère versatile de l’être humain. Pour ma part, ce que je souhaite pour les Refondateurs, c’est une sanction populaire dans les urnes. Mais le dernier mot appartient au peuple ivoirien.

Les ivoiriens espèrent en des lendemains meilleurs mais pour l’heure, il faut que nous nous battions pour obtenir les élections même par césarienne.

Dieu aide la Côte d’Ivoire à se relever de sa chute.
Dieu bénisse l’Afrique !
Dr Séraphin PRAO
Président du Mouvement de Libération de l’Afrique Noire (MLAN)
www.mlan.fr
contact@mlan.fr

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Published by Seth koko France - dans Elections en Côte d'Ivoire
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