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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 20:54

922341-1092471.jpgRappelez vous, c’était il y a 8 mois : l’Etat français réquisitionnait massivement les internes en médecine tout en évinçant les médecins généralistes pour vacciner la population française dans des gymnases déserts. 2 milliards d’euros dépensés, des milliers de vaccins non utilisés et une défiance de la population vis-à-vis des consignes du gouvernement: la gestion de la pandémie de grippe H1N1 semble être une accumulation d’erreurs et de messages inefficaces.
Selon un bilan publié par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) le 24 juin dernier, seuls 8 à 10% des Français ont bénéficié du vaccin contre la grippe A (H1N1) contre 24% des Américains et 74% des Canadiens.
L’Institut national de veille sanitaire (InVS) estime de son coté que 7 à 14 millions d’individus ont été infectés par la grippe A (H1N1) sur l’ensemble de la métropole. 1.334 formes graves ont nécessité une hospitalisation en soins intensifs et 312 décès ont été recensés durant l’épidémie. Comme constaté dans les autres pays, près des trois quarts de ces formes graves ont été observées chez les 15-64 ans, cette catégorie représente également 66% des décès, contre seulement 7% pour la grippe saisonnière.

 


L’heure du bilan de la gestion de la crise étant venu, plusieurs enquêtes parlementaires nationales et européennes ont été conduites.
Et c’est ainsi que commence le rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille du Conseil de l’Europe intitulé La gestion de la pandémie H1N1 : nécessité de plus de transparence.
«
L’Assemblée parlementaire est alarmée par la façon dont la grippe pandémique H1N1 a été gérée non seulement par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) mais aussi par les autorités de santé compétentes tant au niveau de l’Union européenne qu’au niveau national. Elle s’inquiète notamment de certaines répercussions de décisions et d’avis ayant entraîné une confusion des priorités au sein des services de santé publique de toute l’Europe, du gaspillage de fonds publics importants et de l’existence de peurs injustifiées relatives aux risques de santé encourus par la population européenne.
L’Assemblée fait état d’un grave manque de transparence dans les prises de décisions liées à la pandémie, qui soulève des préoccupations concernant l’influence que l’industrie pharmaceutique a pu exercer sur certaines décisions parmi les plus importantes. L’Assemblée craint que ce manque de transparence et de responsabilité ne fasse chuter la confiance des citoyens dans les avis des grands organismes de santé publique. Cela pourrait se révéler désastreux en cas de nouvelle maladie de nature pandémique beaucoup plus grave que la grippe H1N1
»

Surprenant que de telles affirmations ne fassent pas la Une des médias, quand on se souvient du déchainement médiatique ou des déclarations des responsables politiques français ayant accompagné la campagne de vaccination contre cette grippe. Personne pour féliciter la majorité des médecins « de base » qui a refusé de céder à la panique, aux pressions politiques et de l’industrie, ou à son soi-disant devoir déontologique. De nombreux praticiens ont su garder un oeil critique malgré les dénigrements dont ils faisaient l’objet.
 


Aucune louange pour la Pologne et son ministre de la santé, médecin de son état, qui a su faire les bons choix, seule contre toute l’Europe. Seul le Conseil de l’Europe semble lui rendre hommage :
«
D’autres États membres ne se sont pas précipités pour agir suite à l’annonce de la pandémie. La Pologne, par exemple, est l’un des rares pays d’Europe à ne pas avoir acheté des vaccins en grande quantité en raison de craintes sur leur innocuité et de la défiance manifestée à l’égard des firmes pharmaceutiques qui les fabriquent. Lors de l’audition publique organisée par l’Assemblée à Paris le 29 mars 2010, la ministre polonaise de la Santé, Mme Ewa Kopacz, est revenue sur l’approche adoptée par la Pologne pour préparer la pandémie. Elle a expliqué qu’elle faisait l’objet d’une étroite collaboration avec le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CEPCM) et les centres nationaux. Elle comportait une analyse approfondie veillant à dissiper tout sentiment de panique et de malaise social général au sein de l’opinion publique.

La Commission polonaise sur la pandémie de grippe a identifié un groupe à haut risque de 2 millions de personnes et alloué des ressources pour l’acquisition du nombre nécessaire de vaccins. Toutefois, la ministre a estimé que les conditions offertes par les groupes pharmaceutiques pour l’acquisition des vaccins étaient inacceptables. Les vaccins ne pouvaient être achetés que par le gouvernement (ils ne pouvaient être commercialisés pour des particuliers) lequel devait endosser l’entière responsabilité de tous les effets indésirables du vaccin (lequel constituait visiblement une menace d’après le système Eudravigilence). Les vaccins affichaient en outre des prix 2 à 3 supérieurs à ceux pratiqués pour les vaccins pour la grippe saisonnière. Comme l’a elle-même souligné la ministre polonaise lors de l’audition publique en mars 2010, elle a pris la responsabilité – en tant que responsable politique et médecin – de ne pas accepter ces conditions pour ne pas être prise en otage par des groupes d’intérêts privés ou être contrainte de prendre des décisions majeures découlant d’annonces alarmistes.
»

Quelques critiques autour des choix faits par la France… 

 « Les chiffres dont on dispose pour la France montrent très bien jusqu’à quel point la pandémie H1N1 a pu être surévaluée, et quelles ont été les conséquences pour les budgets de santé publique [...].
Le rapporteur considère donc qu’avec le recul on peut considérer que la France n’est pas dans une position enviable.
Ce ne sont pas non plus les conclusions de l’Assemblée nationale et de sa « Commission d’enquête sur la manière dont a été programmée, expliquée et gérée la campagne de vaccination contre la Grippe A (H1N1) » qui devraient faire grand bruit dans l’Hexagone. Ce rapport de Marie-Christine Blandin, sénatrice verte, et et Jean-Pierre Door, député UMP, qui doit être présenté demain, veille de la fête nationale, formule 32 recommandations pour que les prochaines pandémies soient mieux appréhendées et enrayées.  D’autant plus qu’un grand secret règne autour du rapport. Seulement deux malheureux exemplaires ont pu être mis à disposition des élus sous certaines conditions : pendant 4 jours à partir du mercredi 30 juin 2010, consultable sur place et sous surveillance (pas de photocopieuse), les élus n’avaient que juste qu’au lundi 5 juillet pour communiquer leurs observations ou contributions. « C’est la règle pour chaque commission d’enquête, il n’y a de volonté de cacher quoi que ce soit », a cependant a affirmé Jean-Christophe Lagarde.
 


On connaît, toutefois, les grandes lignes du document, qui a été donc adopté mardi 6 juillet par les députés de la majorité alors que les communistes se sont abstenus et que les socialistes ont voté contre. Des dysfonctionnements sont bel et bien établis, mais le document ne sera pas explosif pour le gouvernement.
Le Canard Enchainé révèle que dès l’introduction du rapport, les auteurs préviennent de l’absence d’analyse approfondie :
- sur le rôle joué par l’OMS : cela tombe bien, mise en cause pour les relations étroites qu’entretiennent ses experts avec le lobby pharmaceutique, la directrice de l’OMS, à l’origine de la panique planétaire, n’a même pas jugé utile de répondre à la convocation de la commission d’enquête…
- sur la question des liens d’intérêt entre experts et laboratoires
- sur l’efficacité et les modalités d’utilisation des antiviraux : exit donc la remise en question des déclarations de notre Ministre de la Santé concernant le recours systématique au Tamiflu, molécule non reconnue comme méritant d’être remboursé par la Haute Autorité de Santé et donnant lieu à des déclarations contradictoires : préventif, curatif, et finalement « idéal si pris très tôt » pour toute la population, sans distinction, faisant fi de son absence d’innocuité.
- sur la pertinence des procédures d’autorisation de mise sur le marché retenues pour les vaccins, toujours dans le même esprit de transparence…
On peut néanmoins relever « quelques pépites » dans ce rapport : un cout total de la campagne de vaccination de 1 à 1.5 milliard d’euros pour les magistrats de la Cour des Comptes (contre 700 millions annoncés initialement par Roselyne Bachelot). Il aurait été également annoncé que l’Eprus (gérant les crises sanitaires) gardait au terme de la campagne 21 millions de doses non utilisées, selon ce même rapport, 13 autres millions errent dans la nature et 4 millions auraient été perdus, du fait de la présentation en format multidoses. 12 millions de doses périmeront en septembre, 9 autres pourront heureusement être recyclés dans le vaccin antigrippe de cet automne…
 


Lorsque l’on sait comment a été négocié l’achat de ces vaccins, il y a de quoi s’en rendre malade!… En effet, pour acquérir ces millions de doses, le gouvernement a dû faire appel à plusieurs laboratoires pharmaceutiques, aucun n’ayant de stock suffisant pour satisfaire la demande de l’Etat français. Quatre labos ont été mis à contribution : le français Sanofi, l’anglo-saxon GSK, le suisse Novartis et l’américain Baxter. Au total, l’Etat a commandé plus de 100 millions de doses de vaccin, sans même pouvoir négocier ces prix pour ce volume commandé. « Les labos ont proposé un prix. Et il n’y a pas vraiment eu de discussion. On a bien parlé calendrier, quantités, essais cliniques, mais on était sur un marché de pénurie » confesse un interlocuteur des industriels. « Forcément, notre marge de manoeuvre a été faible » confirme un autre. Sachant que tous les pays piaffent pour être servis, si vous faites la fine bouche, ils vous envoient bouler sur le thème : ce ne sont pas les cliens qui manquent .

Loin de nous l’idée de critiquer l’attitude de notre gouvernement, qui, face à la menace planétaire, au déchainement médiatique (300 articles dans le Monde en 6 mois..) a tout fait pour préserver la population des conséquences d’une pandémie grippale et éviter la panique qui aurait également eu des conséquences désastreuses sur le plan économique. User voire abuser du principe de précaution pour la santé de ces concitoyens peut facilement être pardonné. Il est facile de juger a posteriori.

On peut seulement constater que les laboratoires pharmaceutiques, dont l’influence est à la hauteur de leurs bénéfices à l’issue de cette crise (Sanofi-Aventis a ainsi enregistré en 2009 une rentabilité de 29% en progression de +5%…), ne soient nullement mis à contribution, ni dans un devoir moral d’assistance à l’aide sanitaire en cas de pandémie, ni dans les liens ayant uni responsables politiques et représentants de ces firmes. Que ces 1.5 ou 2 milliards dépensés l’aient été en pure perte, alors que dans le même temps, la France s’apprête à réaliser un grand coup de rabot dans les dépenses sociales, que la loi Hopital, Santé, Patient, Territoire, adoptée en procédure d’urgence risque d’accelérer la dégradation de la prise en charge solidaire du risque maladie en France et de la qualité des soins et ce, pour le plus grand bonheur des assurances ou des cliniques privées. La réforme de la Biologie Médicale conduite par l’Ordonnance du 15 janvier 2010, en est une autre illustration (pour mémoire : voir « la réforme de la biologie médicale pour les nuls » ): un modèle de proximité et hautement médicalisé, unique en Europe, dont l’évolution des dépenses est maitrisée depuis 2008,  va progressivement laisser place à un modèle concentré, industrialisé et financiarisé. Dans la quasi indifférence générale…
L’Industrie Pharmaceutique aura une petite soeur : L’industrie du Biodiagnostic contre laquelle le gouvernement aura autant de point que face à son ainée! 

80% des diagnostics médicaux, un marché de 4.5 milliards d’euros. Encore une fuite de nos cotisations sociales vers des fonds de capitalisation étrangers…contre laquelle l’Etat français n’a pas souhaité légiférer pour le moment.  Rappelons par exemple que le diagnostic biologique moléculaire de la grippe A H1/N1 sur les prélèvements respiratoires des patients les plus graves  (impliquant une très couteuse technologie d’amplification génique) a été intégralement réalisé dans les laboratoires de centres hospitaliers publics et financé sur son budget global de fonctionnement. A hauteur de combien aurait été la facture si le diagnostic avait été réalisé par l’Industrie privée?…

Ce bilan de gestion de pandémie aurait pu donc être l’occasion d’assainir un peu les relations structurelles entre l’Etat français, les laboratoires pharmaceutiques et l’OMS afin que justement, des choix plus stratégiques puissent être faits lorsqu’une situation similaire se représentera.
Agir dans l’urgence et sous influence, sans vision long termiste et globale, voici ce qui caractérise notre politique de santé actuelle. On ne peut que le déplorer…
source:MARIANNE
 


 

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Published by Seth koko France - dans Vu dans la presse
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