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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 23:12

rakLes soldats des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) s’illustrent encore négativement ces derniers jours, particulièrement dans la commune de Yopougon où ils rançonnent les populations sous le couvert de lutte contre la cybercriminalité. Alors même que l’unité à laquelle incombe cette responsabilité n’est pas pour le moment opérationnelle. Ils profitent donc de ce vide pour sévir !

Des arrestations en cascade sans justificatifs

Pour comprendre ce phénomène nouveau qui consiste, pour les FRCI à envahir les cybercafés où elles procèdent à des arrestations, nous nous sommes rendus dans la plus grande commune de Côte d’Ivoire ce samedi 19 mai 2012. Déjà les victimes sont nombreuses. «Ce mercredi [17 mai 2012, ndlr], c’est la deuxième fois dans la même semaine que mon cybercafé est visité. Le premier jour, il y a mon gérant qui m’a informé qu’ils sont partis avec un petit. Ce mercredi [17 mai, ndlr] aux alentours de 18 heures, mon gérant m’a appelé pour m’informer qu’il y avait des agents des forces de l’ordre [les FRCI, ndlr] qui étaient là. Le temps que j’arrive, ils étaient déjà partis», nous relate, courroucé, Franck Kouassi, propriétaire de cybercafé à Yopougon Ananeraie. Ce jour-là, ce sont 17 personnes y compris son gérant qui ont été embarquées pour la BAE qui abrite aujourd’hui une base militaire des FRCI.

«Aujourd’hui même [samedi, ndlr] aux environs de 11 heures, ils sont venus et ont emmené un des mes clients. Ils se sont engouffrés dans leur taxi-compteur immatriculé 6505 EY 01 et ils sont partis. Ils étaient en tenue militaire mais ils n’avaient pas d’armes», déplore Traoré Issouf, un autre patron de cyber. Dominique, un gérant de cybercafé n’a aucun doute sur l’identité des auteurs de ces arrestations : «Ce sont les FRCI puisqu’ils viennent avec une 4X4 blanche immatriculée FRCI et tous ceux qu’ils prennent c’est à la BAE qu’ils les emmènent. Ils sont passés ici trois fois le mois passé (avril, ndlr) pour arrêter des gens en se faisant passer pour la police anticybercriminalité. La première fois, ils ont pris 5 personnes, deuxième fois, ils ont pris 3 personnes, et la dernière fois ils ont pris 2 personnes. Et puis il faut payer une rançon pour être libéré, c’est tout».

Il faut payer une rançon avant d’être libéré

Une fois dans leur base de la BAE, les FRCI réclament à leurs victimes des rançons avant d’être libérées. Non sans leur avoir fait subir des sévices de prime abord, comme l’explique un jeune homme de 19 ans qui fait partie des 17 qui ont appréhendés mercredi. «Quand ils nous ont pris, ils se sont fait passer pour les agents de la police anticybercriminalité. Quand on est arrivé à la BAE, ils nous ont demandé de nous déshabiller et ils nous ont mis au violon où on était avec quelques prisonniers FRCI. On a des amis qui n’ont pas encore été libérés [jusqu’à vendredi, ndlr] parce qu’ils n’ont pas encore payé la rançon exigée. Mais quand ils nous ont mis au violon, ils ont commencé à nous battre [il nous montre des traces sur le corps]. Ils nous ont dit que si nos parents ne venaient pas payer, ils nous bastonneraient jusqu’à ce qu’on soit déférés à la Maca. C’est ainsi que mes parents sont venus payer les 50 000 FCFA qu’ils ont demandés et j’ai été relâché le même jour à 23 heures», témoigne-t-il. Les sommes perçues pour libérer les jeunes gens pris dans les cybers oscillent entre 5 mille et 50 mille francs CFA. D’autres y sont même dépouillés pendant leur détention.

Une autre flagrante imposture

C’est donc à des actes de vandalisme, d’escroquerie et d’extorsion de fonds, en somme à du banditisme que ce livre ces soldats des FRCI de la BAE. En effet, Franck Kouassi se rend le lendemain jeudi à la BAE pour réclamer la libération de toutes les personnes arrêtées dans son cyber. Deux soldats lui rétorquent que c’est la police anticybercriminalité. Alors même que cette unité spécialisée logée dans l’immeuble Postel 2001 au Plateau n’est même pas encore opérationnelle, le ministère des Postes et des TIC a simplement pour le moment instruit depuis décembre (après un décret pris dans ce sens) les cybercafés d’identifier leurs clients. Ce que Franck Kouassi fait puisqu’il nous montre son registre numérique. Après avoir subi des menaces d’embastillement prolongé, son gérant sera relaxé après avoir payé «un droit de cellule». «Vous dites que vous luttez contre la cybercriminalité. Mais comment se fait-il que des gens que vous avez pris sans aucun motif, vous les avez enfermés dans un camp militaire en lieu et place d’une brigade de gendarmerie ou d’un commissariat de police ? Et vous vous permettez d’encaisser 20 mille, 30 mille voire 60 mille avant de les relâcher. Je donnerai une suite judiciaire à cette affaire», a-t-il laissé entendre à un de ses interlocuteurs (un lieutenant) avant de se rendre au 17ème arrondissement pour porter les faits à la connaissance du commissaire Boly Brekou Nestor qui a, séance tenante, joint le directeur de la police de la lutte contre la cybercriminalité. Celui-ci a répondu que ces individus n’agissaient pas sur instruction de son bureau. Certes, assure-t-il, l’unité a été mise en place mais elle n’est pour le moment pas encore opérationnelle.

Le capitaine des FRCI au cœur du système de racket

Après cela, le commissaire Boly Brekou Nestor a ensuite appelé l’un des soldats impliqués dans ces drôles d’arrestations. C’est ce dernier qui lui apprend qu’ils agissent sur instruction d’un de leurs supérieurs hiérarchiques, un certain capitaine Sorodé. Le commissaire du 17ème, pour en avoir le cœur net, appelle encore ce capitaine des FRCI qui affirme également que c’est le directeur de la cybercriminalité qui lui a donné l’autorisation d’effectuer cette mission. Le commissaire du 17ème lui explique qu’il vient à l’instant d’échanger avec le patron de la lutte contre la cybercriminalité qui s’inscrit en faux avec cette affirmation parce que son unité n’est pas encore fonctionnelle. Il souhaite alors que de tels actes ne prospèrent plus sur son champ de compétence. Mieux, il demande à rencontrer ce capitaine ce mardi (aujourd’hui, ndlr). «Au début de cette affaire, j’ai eu à appeler la police anti-cybercriminalité. L’officier (un capitaine) qui m’a reçu a dit que l’unité est déjà prête mais ne s’est pas encore déployée sur le terrain. Elle est en train de voir le cadre juridique dans lequel elle doit opérer avant de pouvoir se déployer. Et à notre grande surprise, nous voyons des gens qui se réclament de cette unité qui se promènent pour arrêter des internautes. Et à la réalité, on les prend, on les envoie en caserne, quelquefois dans un endroit caché, on les dépouille de leur argent et de leurs téléphones et on les laisse», renchérit Traoré Issouf.

La survie des cybercafés menacée

C’est une pratique qui a cours depuis la prise du décret en décembre portant identification des abonnés des services des télécommunications ouverts au public. Au delà de Yopougon où le phénomène a pris de l’ampleur ces jours-ci, Deux-Plateaux, Marcory et Koumassi n’échappent pas à ces incursions dans les cybercafés. Selon K. K., il y a quelque temps déjà, les FRCI ont fait irruption dans son cybercafé situé à Koumassi où ils ont arrêté plusieurs personnes avant de conduire dans leur quartier général en zone 3. Ces personnes ont dû également payé de l’argent avant de recouvrer la liberté. Il déplore donc ces pratiques qui influencent négativement leurs activités. «C’est ce qui fait qu’actuellement, vous voyez, tous les postes sont libres de peur d’être attrapés. Donc nos activités ont baissé considérblement», se plaint Dominique, l’air très découragé. «Nos clients quand ils voient cela ne viennent plus dans nos cybercafés. Déjà même que les activités ont du mal à partir. Donc ça plombent nos activités (…) A la réalité, ces pratiques constituent une menace pour nos activités parce que nous sommes aussi des opérateurs économiques. Quand les clients ne viennent pas, nous pouvons pas faire de recettes et à la fin du mois, impossible de faire face aux charges (…) Déjà que les affaires ne marchent pas comme par le passé et si ces personnes véreuses doivent être une entrave à la bonne marche de nos activités, là on risque de fermer boutique. Il faut que les autorités prennent des dispositions pour les empêcher de continuer de sévir», dénonce Traoré Issouf.

Les autorités interpellées

C’est pourquoi ces victimes tirent la sonnette d’alarme afin que les autorités compétentes réagissent pour mettre fin à ces désagréments causés à leurs investissements ainsi qu’à leurs clients. «Il faut que les autorités comprennent aussi qu’on a besoin d’aider ce pays à se développer. Qu’on nous aide aussi à pérenniser nos activités», poursuit-il. Franck Kouassi indique que face à cette situation préoccupante, lui et ses camarades sont en train de mettre sur pied une organisation en vue de lutter efficacement contre ce fléau auquel leur corporation est confrontée.
Par Anderson Diédri

Le Nouveau Courier

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Published by Seth koko France - dans Vu dans la presse
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