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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 17:54

Malgré d’importantes difficultés économiques et sociales, le Bénin et le Mali se caractérisent, depuis la tenue d’une Conférence nationale dans ces deux pays au début des années 1990, par d'importants succès démocratiques.

1.jpgLe 31 mai et le 1er juin 2010 se tient à Nice le sommet France-Afrique auquel doivent assister 38 chefs de gouvernement ou hommes d’Etat. Cette 25ème édition coïncide avec le cinquantenaire des indépendances des 14 anciennes colonies africaines françaises : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Côte d'Ivoire, Gabon, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad et Togo.

Depuis 1960, ces pays ont connu bien des changements politiques et institutionnels, des phases de démocratisation notamment dans les années 1990, mais également des périodes de personnalisation du pouvoir. Pourtant, malgré les difficultés économiques et  politiques que connaît l'Afrique subsaharienne, certains de ces pays constituent à l'heure actuelle un espoir en matière de démocratie. Ainsi, deux pays sont particulièrement montrés en exemple, le Bénin et le Mali (seuls pays des 14 anciennes colonies françaises d'Afrique considérés comme libres par l’organisation Freedom house), malgré certaines tentatives de refermeture politique ces dernières années.

Plusieurs critères doivent être pris en compte pour déterminer l’état des instances démocratiques d’un pays : l’alternance partisane, le multipartisme, le respect des libertés fondamentales, la tenue d’élections libres, le respect de la Constitution…

 

Du marxisme-léninisme à la démocratie : le Bénin

Aujourd’hui, le Bénin est une république multipartite dirigée par un président élu à la majorité absolue pour cinq ans qui ne peut, selon la Constitution, effectuer plus de deux mandats.

Pourtant, depuis son indépendance le Bénin a connu toutes les formes de régime politique pour gérer un pays miné par le régionalisme et une instabilité permanente, notamment le régime marxisme-léninisme de Mathieu Kérékou qui a plongé le pays dans une banqueroute économique totale à partir de 1988. Mais en 1990, le pays a entamé une transition démocratique réussie et promulgué sa Constitution.

En effet, le Bénin a été le premier à organiser une Conférence nationale, qui ouvre la voie à la démocratie et fait figure d’exemple. Ainsi, en février 1990, le dirigeant alors en place,

2.jpgMathieu Kérékou, convoque une conférence réunissant les représentants des différents mouvements politiques afin de trouver des solutions à la grave crise économique que connaît le pays. Cette Conférence nationale se tient à Cotonou, du 19 au 28 février 1990, dans une ambiance de forte incertitude au départ, puis largement consensuelle. Les participants imposent la souveraineté de leur assemblée au chef de l’Etat, qui finit par la reconnaître. La Constitution est ratifiée par le peuple le 2 décembre et promulguée le 11 décembre 1990.   Après une période de transition, Nicéphore Soglo remporte l’élection présidentielle de 1991 face à… Mathieu Kérékou. Ce dernier s'en va sans heurts et devient donc l'un des rares présidents militaires parvenu à la tête d'un pays par un coup d'État à être amené à quitter le pouvoir par les urnes.

Pacification de la lutte politique

Finalement, Mathieu Kérékou revient au pouvoir démocratiquement en 1996 après avoir dirigé le pays de 1972 à 1990. Le Bénin s’installe alors dans une démocratie véritablement fonctionnelle comme en témoignent l’élection du 30 mars 1999, qui aboutit à la mise en place d'une troisième législature, à l’issue de laquelle l’opposition obtient 42 sièges contre 41 pour la mouvance présidentielle. Le Bénin connaît alors une véritable alternance et une pacification progressive de la lutte politique.

3.jpgEn mars 2001, Mathieu Kérékou est réélu président de la République avec 84,06% des voix.  Arrivé en tête au premier tour, face à son prédécesseur Nicéphore Soglo, il sera confronté au désistement de ce dernier ainsi qu'à celui d'Adrien Houngbédji arrivé en troisième position. Les deux candidats démissionnaires ont qualifié le scrutin de "mascarade". Bulletins "oubliés", désistements en série, démission de membres de la Commission électorale nationale autonome (CENA) avant le second tour, le tout sur fond d'invectives permanentes et d'accusations de fraudes. Ces élections sont également marquées par une forte abstention (53,42% seulement des électeurs sont allés voter) certainement liée à ces manœuvres politiciennes excessives.

Malgré des soupçons de fraudes électorales, Mathieu Kérékou entame alors un second mandat consécutif. Mais, cette controverse politicienne a indiscutablement porté un coup à l'image de "laboratoire de la démocratie" dont jouissait le Bénin depuis 1991.

Cependant, contrairement à d'autres chefs d'État africains, Mathieu Kérékou n'a finalement pas modifié la Constitution (sous la pression des médias, des intellectuels et de l'opinion publique) qui impose au président une limite de deux mandats et qui interdit de se présenter à plus de 70 ans. De ce fait, ni lui, ni son principal opposant, Nicéphore Soglo, n'ont pu se présenter à l’élection présidentielle de mars 2006.

 

Une troisième alternance

Cette dernière voit donc la victoire d’un troisième homme, Yayi Boni, et permet au Bénin connaître sa troisième alternance depuis 1991.

4.jpgCe dernier a fait de la lutte contre la corruption endémique une priorité absolue. En 2006, il a promulgué un code officiel de conduite pour les responsables gouvernementaux qui a permis l'arrestation d'un magnat du pétrole influent sur des accusations de fraude et de la vérification des sociétés gérées par l'Etat. Malgré tout, le Bénin a été classé en 2009 106e sur 180 par Transparency International.

Mais, si Yayi Boni incarnait le changement lors de son élection, il est désormais accusé de tenter de biaiser le jeu politique. Il est depuis confronté à une forte opposition dans son pays.

Il faut rappeler que depuis son accession au pouvoir, la presse béninoise, qui compte plusieurs grands quotidiens et de nombreux périodiques, est de plus en plus confrontée à des pressions.  En juillet 2009, trois journalistes ont notamment été victimes de violences physiques. De ce fait, le Bénin ne cesse de descendre dans le classement annuel de Reporters sans frontières :  le pays classé 27e (sur 169) en 2004, 25e en 2005, 23e en 2006, 53e en 2007, puis 70e en 2008, est classé 72e (sur 175) en 2009.

Malgré tout, le Bénin reste un pays stable politiquement et toujours montré en exemple en Afrique. Il reste cependant miné par de graves difficultés économiques liées notamment à une agriculture en proie à la sécheresse. Avec un indice de développement humain (IDH) de 0.492 (sur une échelle comprise entre 0, exécrable, et 1, excellent) et un indice de pauvreté IPH-1 qui classe le pays 126 sur 135, le plus grand défi auquel le Bénin est confronté, après avoir trouvé la stabilité politique, est la lutte contre la pauvreté.

 

Pauvreté et démocratie : le Mali

La République du Mali est elle aussi considérée aujourd’hui comme un exemple démocratique sur le continent africain. En effet, bien qu'il soit l'un des pays les moins développés du monde, le Mali a entrepris d'importantes réformes politiques et économiques depuis le début des années 1990, y compris un programme de décentralisation visant à donner une plus grande autonomie aux collectivités locales. Le Mali a également bénéficié d'un allégement de la dette internationale, et travaille actuellement avec le Fonds monétaire international (FMI) pour atteindre ses objectifs de réduction de la pauvreté et de croissance.

5.jpgAu Mali, l’exercice du pouvoir exécutif (président et gouvernement) est séparé du pouvoir législatif (Assemblée nationale) et du pouvoir judiciaire (Cour suprême). De plus, le nombre de mandat présidentiel est limité à deux par la Constitution. Enfin, le pays connaît une alternance depuis le coup d’Etat d'Amadou Toumani Touré, commandant de l’armée malienne, contre le régime autoritaire de Moussa Traoré (1968-1991), qui a permis l’instauration de la démocratie au Mali.

En effet, en mars 1991, des manifestations populaires sont réprimées dans le sang, et Amadou Toumani Touré participe alors au renversement de Traoré. Le chef militaire assure alors les fonctions de chef d’État pendant la transition démocratique, jusqu’à l’organisation d’une conférence nationale (de la même façon qu’au Bénin), puis d’élections législatives et présidentielle en 1992. À l’issue de ces élections, Amadou Toumani Touré remet le pouvoir au nouveau président élu Alpha Oumar Konaré conformément à ses engagements.

Ce dernier est réélu pour un second mandat en 1997, puis passe la main à Amadou Toumani Touré qui quitte alors l’armée pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle de mai 2002 qu’il remporte face à sept autres candidats.


 

L'épreuve de 1997

Mais cette élection de 1997, incluant élections législatives et élections communales, a constitué une épreuve pour la démocratie malienne.

Elle se déroule dans un climat tendu entre opposition et pouvoir en place. Le premier tour des élections législatives est annulé par la Cour constitutionnelle pour graves irrégularités, et malgré la demande de l’opposition, le processus électoral se poursuit avec la tenue de l’élection présidentielle. Les principaux candidats de l’opposition retirent leur candidature et le président sortant Alpha Oumar Konaré est réélu dés le premier tour avec plus de 95 % des voix face à Mamadou Maribatrou Diaby.

6.jpgMalgré tout, Amadou Toumani Touré est réélu en 2007 dans le calme par un vote validé par les observateurs internationaux. De plus, après Alpha Oumar Konaré qui a donc respecté la limitation à deux mandats présidentiels, Amadou Toumani Touré s’apprête manifestement à faire de même en 2012.

 

Liberté de la presse et syndicats

Par ailleurs, la Constitution malienne garantit aux travailleurs le droit de se syndiquer (à l'exception de ceux qui fournissent des "services essentiels"), et aujourd’hui le pays est doté de plusieurs syndicats puissants comme la Confédération syndicale des travailleurs du Mali ou l’Union Nationale des Travailleurs du Mali. Libertés de réunion et d'association sont également respectées : en août 2009, quelque 50.000 personnes ont manifesté pacifiquement à Bamako contre l'approbation d’une nouvelle loi. Cependant, la situation sécuritaire dans le nord du pays rend difficile le travail de certaines associations ou d’ONG.

D'autre part, le Mali se caractérise par une réelle liberté de la presse qui permet au pays d’être classé 31e sur 175, devant la France (43e) selon le rapport mondial sur la liberté de la presse établi en 2009 par Reporters sans frontières,

Cependant, le Mali est toujours en proie à de lourds problèmes. Ainsi, la corruption continue de gangréner la vie politique malgré les initiatives lancées par le nouveau gouvernement. En 2009, le Mali a été classé 111e sur 180 pays par Transparency International.

De la même façon que le Bénin, le Mali connaît une grande pauvreté : le pays se classe pour l’IDH 178e sur 182 pays (avec un IDH faible de 0.371) selon le rapport 2009 du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), et 133e sur 135 selon l’indice de pauvreté IPH-1.

Ainsi, malgré des difficultés économiques et politiques persistantes, l'étude de l'histoire démocratique du Bénin et du Mali, montre bien que l'Afrique ne se résume pas seulement à un continent militarisé, mais est aussi le fruit d'histoires individuelles, complexes et d'une véritable politisation des populations.


Source : Anne Collin - Nouvelobs.com

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Published by Seth koko France - dans Afrique démocratie
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